"Mudjekewis avait 9 frères et ensemble ils vainquirent l'ours géant,aussi reçurent t-ils en présent la ceinture sacrée qui contient de quoi vivre heureux sa vie durant. Le mérite de cet exploit, chacun le sait revenait à Mudjekewis, le plus jeune des 10 garçons et ce fut a lui qu'échut le pouvoir de gouverner les vents d'Ouest. On l'appela dès lors Kabeyun, père des airs, et il entreprit de distribuer une part de sa puissance a chacun de ses fils. A Wabun, il donna l'Est. A Shawondasee, le Sud. A Kabiboonoka, le Nord. Seul Nanabozho n'eut rien de cet héritage, car sa naissance avait été illegitime. C'est pourquoi plus tard blessé de cette injustice, il partit en guerre contre son père, jusqu'à ce que celui-ci accèdant sa requête, consente à lui céder une part de la souveraineté de Kabiboonoka en lui abandonnant le privilège de règner sur les vents du Nord-Ouest.

Shawondasee, maître du Sud révèla très jeune son indolence.
C'était, bien avant l'âge, un veillard poussif, peu enclin à voyager, les yeux mi-clos, toujours fixes, droit devant lui, souvent il souriait lorsque venait l'automne dispensant généreusement cet air doux qui gagne alors tout le nord du pays. Mais un jour, il aperçut au loin ,courant gracieusement à travers les plaines du nord, une jeune fille aux cheveux d'or. Elle était très belle et il en tomba aussitôt amoureux. Ses boucles surtout, blondes comme le blé, avaient conquis son coeur. Cependant sa paresse naturelle l'emporta sur sa passion et à l'aube du matin, il la surprit enveloppée d'une nuée blanche comme neige.

Il en conçut aussitôt une vive jalousie, persuadé que son frère, Kakiboonoka s'était mis en tête de la lui ravir en lui offrant l'une de ces écharpes immaculées dont les vents du Nord ont coutume de se parer aux approches de l'hiver.
Pour briser le sortilège de son rival, Shawondasee, haletant, souffla comme il put et le ciel fut envahi de fils d'argent. Mais lorsque ceux-ci se dissipèrent, la belle avait disparu et avec elle les 100 graines finement ailées qui couronnent les fleurs du pissenlit de la prairie.

Il est un âge pour tout, dit le sage et Shawondasee avait eut le tort de se croire assez jeune pour être aimé de la fille aux cheveux d'or.
En la poursuivant de ses soupirs alanguis, il n'avait fait que précipiter sa fuite. Depuis, croyant chaque automne revoir l'objet de sa flamme courir dans les prés comme au premier jour, le vieillard continue de haleter doucement au souvenir d'un bonheur inaccessible, gratifiant les terres du Nord, à la veille de l'hiver, de cette saison à nulle part pareille et que les hommes blancs appellent l'été indien."