27 juin 2008
peur
Si la peur frappe à
ta porte et que tu as le courage de l'ouvrir,
tu t'apercevras que
derrière, il n'y a personne.
(inconnu)
25 juin 2008
Le silence est d'or
N'ouvre la bouche
que si ce que tu as à dire est plus beau que le silence.
22 juin 2008
voyage
Ne demande pas ton
chemin à quelqu'un qui le connaît.
Tu risquerais de ne
jamais t'égarer.
(Proverbe
Yiddish)
19 juin 2008
ensemble
Nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères,
sinon nous allons mourir tous ensemble comme des idiots.
(Martin Luther King)
13 juin 2008
La Tortue et les Deux Hérons
Sur les bords d'un lac tranquille, trois amis vivaient en paix. Deux
hérons cendrés nommés Tching et Tchang, et une dame tortue d'un âge
avancé, Pi-Houan.
Or un été, ils connurent une sécheresse terrible. Une période de famine s'annonçait. Un soir, les trois amis tinrent conseil :
"Nous devons partir vers le nord, déclara Tching, il faut nous envoler loin d'ici dès demain !
- Allons voir des cieux nouveaux", dit Tchang
Mais une voix coupante l'interrompit brutalement :
"Et moi ! ! s'exclamait Pi-Houan, indignée. Comment vais-je partir ?"
Les deux hérons se regardèrent, contrits. C'est vrai, se dirent-ils,
nous ne pouvons laisser ici notre vieille amie, qui serait vouée à une
mort certaine. Mais comment l'emmener ?
"Il faut trouver une solution", dit Tching.
Ils tinrent conciliabule.
- Chère vieille amie, je suis d'accord avec vous, mais comment vous transporter ? Il s'agit d'un long voyage ! soupira Tching.
- Et vous êtes lourde, dame Pi-Houan, plaisanta Tchang. Je me souviens,
l'été dernier, quand vous vous êtes posée sur mon pied ! Aïe...
- J'ai peut-être une solution, dit Tching, nous pourrions couper un
solide bâton, nous le tiendrions, Tchang et moi, chacun par un bout,
Pi-Houan le mordrait en son milieu...
- Bravo, fit Tchang. C'est une idée remarquable, et dame Pi-Houan ne nous rompra pas la tête avec son bavardage !"
"Dame Pi-Houan, insista Tching, surtout n'ouvrez pas la bouche, nous
volerons à haute altitude, et malgré votre carapace, si vous tombiez,
vous vous briseriez les reins !"
La tortue acquiesça d'un hochement de tête.
Une heure plus tard, les trois amis s'envolaient. Au milieu de
l'après-midi, des paysans qui travaillaient dans les champs aperçurent
leur étrange équipage : "Voyez cette tortue, comme elle est
intelligente ! s'exclamèrent-ils. Elle se fait transporter par deux
hérons !"
Pi-Houan se garda bien de répondre, mais, tout en mordant le bâton avec énergie, elle savourait les compliments.
Les deux hérons poursuivaient leur vol régulier, mais la fatigue
commençait d'engourdir leurs ailes. Ils avaient hâte de trouver une
rivière, un lac paisible, près duquel se poser.
Comme ils passaient au-dessus d'une prairie, des petits bergers les
montrèrent du doigt. Dame Pi-Houan, qui ne se lassait pas des
compliments, tendit l'oreille :
"Regardez ces deux hérons, disait un jeune garçon, ils emmènent cette
balourde de tortue, sans doute pour agrémenter leur repas du soir,
comme ils sont intelligents !
- Stupides bergers, vous n'y comprenez rien !" voulut s'écrier
Pi-Houan. Mais à peine avait-elle ouvert la bouche qu'elle lâchait le
bâton, et s'écrasait sur le sol, la carapace éclatée.
Le sage, dit le maître du Zen, accueille d'un coeur égal la flatterie
ou le mépris. Nul ne peut nous agresser moralement sans notre
consentement, c'est nous qui ouvrons les écluses au chagrin. Aucune
injure ne pouvait faire lâcher prise à la tortue. L'insulte, le mépris,
l'anathème représentent l'opinion de celui qui les profère, c'est son
problème, pas le nôtre. Il se peut au demeurant que le blâme soit
justifié, nous l'acceptons comme tel. Qui est parfait ? Il se peut
aussi qu'il soit erroné, partial, injuste, nous le laissons dans la
bouche de celui qui l'a prononcé. Notre paix, notre destin sont entre
nos mains. "Entre nos dents", bougonne le fantôme de la tortue.
(variante post-moderne pseudo-sino-zen d'un conte de Lafontaine ;-))
05 juin 2008
Les Trois Portes de la Sagesse
Un Roi avait
pour fils unique un jeune Prince courageux, habile et intelligent. Pour
parfaire son apprentissage de la Vie, il l’envoya auprès d’un Vieux
Sage.
« Éclaire-moi sur le Sentier de la Vie » , demanda le Prince.
« Mes paroles s’évanouiront comme les traces de tes pas dans le
sable, répondit le Sage. Cependant je veux bien te donner quelques
indications. Sur ta route, tu trouveras 3 portes. Lis les préceptes
indiqués sur chacune d’entre elles. Un besoin irrésistible te poussera
à les suivre. Ne cherche pas à t’en détourner, car tu serais condamné à
revivre sans cesse ce que tu aurais fui. Je ne puis t’en dire plus. Tu
dois éprouver tout cela dans ton coeur et dans ta chair. Va,
maintenant. Suis cette route, droit devant toi. »
Le Vieux Sage disparut et le Prince s’engagea sur le Chemin de la Vie.
Il se trouva bientôt face à une grande porte sur laquelle on pouvait lire « CHANGE LE MONDE ».
« C’était bien là mon intention, pensa le Prince, car si certaines
choses me plaisent dans ce monde, d’autres ne me conviennent pas. » Et
il entama son premier combat. Son idéal, sa fougue et sa vigueur le
poussèrent à se confronter au monde, à entreprendre, à conquérir, à
modeler la réalité selon son désir. Il y trouva le plaisir et l’ivresse
du conquérant, mais pas l’apaisement du coeur. Il réussit à changer
certaines choses mais beaucoup d’autres lui résistèrent. Bien des
années passèrent.
Un jour il rencontra le Vieux Sage qui lui demande : « Qu’as-tu
appris sur le chemin ? » « J’ai appris, répondit le Prince, à discerner
ce qui est en mon pouvoir et ce qui m’échappe, ce qui dépend de moi et
ce qui n’en dépend pas ». « C’est bien, dit le Vieil Homme. Utilise tes
forces pour agir sur ce qui est en ton pouvoir. Oublie ce qui échappe à
ton emprise ». Et il disparut.
Peu après, le Prince se trouva face à une seconde porte. On pouvait
y lire « CHANGE LES AUTRES ». « C’était bien là mon intention,
pensa-t-il. Les autres sont source de plaisir, de joie et de
satisfaction mais aussi de douleur, d’amertume et de frustration. » Et
il s’insurgea contre tout ce qui pouvait le déranger ou lui déplaire
chez ses semblables. Il chercha à infléchir leur caractère et à
extirper leurs défauts. Ce fut là son deuxième combat. Bien des années
passèrent.
Un jour, alors qu’il méditait sur l’utilité de ses tentatives de
changer les autres, il croisa le Vieux Sage qui lui demanda : «
Qu’as-tu appris sur le chemin ? » « J’ai appris, répondit le Prince,
que les autres ne sont pas la cause ou la source de mes joies et de mes
peines, de mes satisfactions et de mes déboires. Ils n’en sont que le
révélateur ou l’occasion. C’est en moi que prennent racine toutes ces
choses. » « Tu as raison, dit le Sage. Par ce qu’ils réveillent en toi,
les autres te révèlent à toi-même. Sois reconnaissant envers ceux qui
font vibrer en toi joie et plaisir. Mais sois-le aussi envers ceux qui
font naître en toi souffrance ou frustration, car à travers eux la Vie
t’enseigne ce qui te reste à apprendre et le chemin que tu dois encore
parcourir. » Et le Vieil Homme disparut.
Peu après, le Prince arriva devant une porte où figurait ces mots «
CHANGE-TOI TOI-MÊME ». « Si je suis moi-même la cause de mes problèmes,
c’est bien ce qui me reste à faire, » se dit-il. Et il entama son
troisième combat. Il chercha à infléchir son caractère, à combattre ses
imperfections, à supprimer ses défauts, à changer tout ce qui ne lui
plaisait pas en lui, tout ce qui ne correspondait pas à son idéal.
Après bien des années de ce combat où il connut quelques succès
mais aussi des échecs et des résistances, le Prince rencontra le Sage
qui lui demanda :
« Qu’as-tu appris sur le chemin ? »
« j’ai appris, répondit le Prince, qu’il y a en nous des choses
qu’on peut améliorer, d’autres qui nous résistent et qu’on n’arrive pas
à briser. »
« C’est bien, » dit le Sage.
« Oui, poursuivit le Prince, mais je commence à être las de me
battre contre tout, contre tous, contre moi-même. Cela ne finira-t-il
jamais ? Quand trouverai-je le repos ? J’ai envie de cesser le combat,
de renoncer, de tout abandonner, de lâcher prise. » « C’est justement
ton prochain apprentissage, dit le Vieux Sage. Mais avant d’aller plus
loin, retourne-toi et contemple le chemin parcouru. » Et il disparut.
Regardant en arrière, le Prince vit dans le lointain la troisième
porte et s’aperçut qu’elle portait sur sa face arrière une inscription
qui disait
« ACCEPTE-TOI TOI-MÊME. »
Le Prince s’étonna de ne pas avoir vu cette inscription lorsqu’il
avait franchi la porte la première fois, dans l’autre sens. « Quand on
combat on devient aveugle, se dit-il. » Il vit aussi, gisant sur le
sol, éparpillé autour de lui, tout ce qu’il avait rejeté et combattu en
lui : ses défauts, ses ombres, ses peurs, ses limites, tous ses vieux
démons. Il apprit alors à les reconnaître, à les accepter, à les aimer.
Il apprit à s’aimer lui-même sans plus se comparer, se juger, se
blâmer.
Il rencontra le Vieux Sage qui lui demanda :
« Qu’as-tu appris sur le chemin ? »
« J’ai appris, répondit le Prince, que détester ou refuser une
partie de moi, c’est me condamner à ne jamais être en accord avec
moi-même. J’ai appris à m’accepter moi-même, totalement,
inconditionnellement. » « C’est bien, dit le Vieil Homme, c’est la
première Sagesse. Maintenant tu peux repasser la troisième porte. »
À peine arrivé de l’autre côté, le Prince aperçut au loin la face arrière de la seconde porte et y lut « ACCEPTE LES AUTRES ».
Tout autour de lui il reconnut les personnes qu’il avait côtoyées
dans sa vie ; celles qu’il avait aimées comme celles qu’il avait
détestées. Celles qu’il avait soutenues et celles qu’il avait
combattues. Mais à sa grande surprise, il était maintenant incapable de
voir leurs imperfections, leurs défauts, ce qui autrefois l’avait
tellement gêné et contre quoi il s’était battu.
Il rencontra à nouveau le Vieux sage. « Qu’as-tu appris sur le chemin ? » demanda ce dernier.
J’ai appris, répondit le Prince, qu’en étant en accord avec
moi-même, je n’avais plus rien à reprocher aux autres, plus rien à
craindre d’eux. J’ai appris à accepter et à aimer les autres
totalement, inconditionnellement. » « C’est bien, dit le Vieux Sage.
C’est la seconde Sagesse, tu peux franchir à nouveau la deuxième porte.
»
Arrivé de l’autre côté, le Prince aperçut la face arrière de la première porte et y lut
« ACCEPTE LE MONDE ».
Curieux, se dit-il, que je n’aie pas vu cette inscription la
première fois. Il regarda autour de lui et reconnut ce monde qu’il
avait cherché à conquérir, à transformer, à changer. Il fut frappé par
l’éclat et la beauté de toute chose. Par leur perfection. C’était
pourtant le même monde qu’autrefois. Était-ce le monde qui avait changé
ou son regard ?
Il croisa le Vieux Sage qui lui demanda :
« Qu’as-tu appris sur le chemin ? »
« J’ai appris, dit le Prince, que le monde est le miroir de mon
âme. Que mon âme ne voit pas le monde, elle se voit dans le monde.
Quand elle est enjouée, le monde lui semble gai. Quand elle est
accablée, le monde lui semble triste. Le monde, lui, n’est ni triste,
ni gai.
Il est là ; il existe ; c’est tout. Ce n’était pas le monde qui me
troublait, mais l’idée que je m’en faisais. J’ai appris à accepter sans
le juger, totalement, inconditionnellement. »
C’est la troisième Sagesse, dit le Vieil Homme. Te voilà à présent
en accord avec toi-même, avec les autres et avec le Monde. » Un profond
sentiment de paix, de sérénité, de plénitude envahit le Prince. Le
Silence l’habita. « Tu es prêt, maintenant, à franchir le dernier
Seuil, dit le Vieux Sage, celui du passage du silence de la plénitude à
la Plénitude du Silence.»
Et le Vieil Homme disparut.

