13 juin 2008
La Tortue et les Deux Hérons
Sur les bords d'un lac tranquille, trois amis vivaient en paix. Deux
hérons cendrés nommés Tching et Tchang, et une dame tortue d'un âge
avancé, Pi-Houan.
Or un été, ils connurent une sécheresse terrible. Une période de famine s'annonçait. Un soir, les trois amis tinrent conseil :
"Nous devons partir vers le nord, déclara Tching, il faut nous envoler loin d'ici dès demain !
- Allons voir des cieux nouveaux", dit Tchang
Mais une voix coupante l'interrompit brutalement :
"Et moi ! ! s'exclamait Pi-Houan, indignée. Comment vais-je partir ?"
Les deux hérons se regardèrent, contrits. C'est vrai, se dirent-ils,
nous ne pouvons laisser ici notre vieille amie, qui serait vouée à une
mort certaine. Mais comment l'emmener ?
"Il faut trouver une solution", dit Tching.
Ils tinrent conciliabule.
- Chère vieille amie, je suis d'accord avec vous, mais comment vous transporter ? Il s'agit d'un long voyage ! soupira Tching.
- Et vous êtes lourde, dame Pi-Houan, plaisanta Tchang. Je me souviens,
l'été dernier, quand vous vous êtes posée sur mon pied ! Aïe...
- J'ai peut-être une solution, dit Tching, nous pourrions couper un
solide bâton, nous le tiendrions, Tchang et moi, chacun par un bout,
Pi-Houan le mordrait en son milieu...
- Bravo, fit Tchang. C'est une idée remarquable, et dame Pi-Houan ne nous rompra pas la tête avec son bavardage !"
"Dame Pi-Houan, insista Tching, surtout n'ouvrez pas la bouche, nous
volerons à haute altitude, et malgré votre carapace, si vous tombiez,
vous vous briseriez les reins !"
La tortue acquiesça d'un hochement de tête.
Une heure plus tard, les trois amis s'envolaient. Au milieu de
l'après-midi, des paysans qui travaillaient dans les champs aperçurent
leur étrange équipage : "Voyez cette tortue, comme elle est
intelligente ! s'exclamèrent-ils. Elle se fait transporter par deux
hérons !"
Pi-Houan se garda bien de répondre, mais, tout en mordant le bâton avec énergie, elle savourait les compliments.
Les deux hérons poursuivaient leur vol régulier, mais la fatigue
commençait d'engourdir leurs ailes. Ils avaient hâte de trouver une
rivière, un lac paisible, près duquel se poser.
Comme ils passaient au-dessus d'une prairie, des petits bergers les
montrèrent du doigt. Dame Pi-Houan, qui ne se lassait pas des
compliments, tendit l'oreille :
"Regardez ces deux hérons, disait un jeune garçon, ils emmènent cette
balourde de tortue, sans doute pour agrémenter leur repas du soir,
comme ils sont intelligents !
- Stupides bergers, vous n'y comprenez rien !" voulut s'écrier
Pi-Houan. Mais à peine avait-elle ouvert la bouche qu'elle lâchait le
bâton, et s'écrasait sur le sol, la carapace éclatée.
Le sage, dit le maître du Zen, accueille d'un coeur égal la flatterie
ou le mépris. Nul ne peut nous agresser moralement sans notre
consentement, c'est nous qui ouvrons les écluses au chagrin. Aucune
injure ne pouvait faire lâcher prise à la tortue. L'insulte, le mépris,
l'anathème représentent l'opinion de celui qui les profère, c'est son
problème, pas le nôtre. Il se peut au demeurant que le blâme soit
justifié, nous l'acceptons comme tel. Qui est parfait ? Il se peut
aussi qu'il soit erroné, partial, injuste, nous le laissons dans la
bouche de celui qui l'a prononcé. Notre paix, notre destin sont entre
nos mains. "Entre nos dents", bougonne le fantôme de la tortue.
(variante post-moderne pseudo-sino-zen d'un conte de Lafontaine ;-))
05 juin 2008
Les Trois Portes de la Sagesse
Un Roi avait
pour fils unique un jeune Prince courageux, habile et intelligent. Pour
parfaire son apprentissage de la Vie, il l’envoya auprès d’un Vieux
Sage.
« Éclaire-moi sur le Sentier de la Vie » , demanda le Prince.
« Mes paroles s’évanouiront comme les traces de tes pas dans le
sable, répondit le Sage. Cependant je veux bien te donner quelques
indications. Sur ta route, tu trouveras 3 portes. Lis les préceptes
indiqués sur chacune d’entre elles. Un besoin irrésistible te poussera
à les suivre. Ne cherche pas à t’en détourner, car tu serais condamné à
revivre sans cesse ce que tu aurais fui. Je ne puis t’en dire plus. Tu
dois éprouver tout cela dans ton coeur et dans ta chair. Va,
maintenant. Suis cette route, droit devant toi. »
Le Vieux Sage disparut et le Prince s’engagea sur le Chemin de la Vie.
Il se trouva bientôt face à une grande porte sur laquelle on pouvait lire « CHANGE LE MONDE ».
« C’était bien là mon intention, pensa le Prince, car si certaines
choses me plaisent dans ce monde, d’autres ne me conviennent pas. » Et
il entama son premier combat. Son idéal, sa fougue et sa vigueur le
poussèrent à se confronter au monde, à entreprendre, à conquérir, à
modeler la réalité selon son désir. Il y trouva le plaisir et l’ivresse
du conquérant, mais pas l’apaisement du coeur. Il réussit à changer
certaines choses mais beaucoup d’autres lui résistèrent. Bien des
années passèrent.
Un jour il rencontra le Vieux Sage qui lui demande : « Qu’as-tu
appris sur le chemin ? » « J’ai appris, répondit le Prince, à discerner
ce qui est en mon pouvoir et ce qui m’échappe, ce qui dépend de moi et
ce qui n’en dépend pas ». « C’est bien, dit le Vieil Homme. Utilise tes
forces pour agir sur ce qui est en ton pouvoir. Oublie ce qui échappe à
ton emprise ». Et il disparut.
Peu après, le Prince se trouva face à une seconde porte. On pouvait
y lire « CHANGE LES AUTRES ». « C’était bien là mon intention,
pensa-t-il. Les autres sont source de plaisir, de joie et de
satisfaction mais aussi de douleur, d’amertume et de frustration. » Et
il s’insurgea contre tout ce qui pouvait le déranger ou lui déplaire
chez ses semblables. Il chercha à infléchir leur caractère et à
extirper leurs défauts. Ce fut là son deuxième combat. Bien des années
passèrent.
Un jour, alors qu’il méditait sur l’utilité de ses tentatives de
changer les autres, il croisa le Vieux Sage qui lui demanda : «
Qu’as-tu appris sur le chemin ? » « J’ai appris, répondit le Prince,
que les autres ne sont pas la cause ou la source de mes joies et de mes
peines, de mes satisfactions et de mes déboires. Ils n’en sont que le
révélateur ou l’occasion. C’est en moi que prennent racine toutes ces
choses. » « Tu as raison, dit le Sage. Par ce qu’ils réveillent en toi,
les autres te révèlent à toi-même. Sois reconnaissant envers ceux qui
font vibrer en toi joie et plaisir. Mais sois-le aussi envers ceux qui
font naître en toi souffrance ou frustration, car à travers eux la Vie
t’enseigne ce qui te reste à apprendre et le chemin que tu dois encore
parcourir. » Et le Vieil Homme disparut.
Peu après, le Prince arriva devant une porte où figurait ces mots «
CHANGE-TOI TOI-MÊME ». « Si je suis moi-même la cause de mes problèmes,
c’est bien ce qui me reste à faire, » se dit-il. Et il entama son
troisième combat. Il chercha à infléchir son caractère, à combattre ses
imperfections, à supprimer ses défauts, à changer tout ce qui ne lui
plaisait pas en lui, tout ce qui ne correspondait pas à son idéal.
Après bien des années de ce combat où il connut quelques succès
mais aussi des échecs et des résistances, le Prince rencontra le Sage
qui lui demanda :
« Qu’as-tu appris sur le chemin ? »
« j’ai appris, répondit le Prince, qu’il y a en nous des choses
qu’on peut améliorer, d’autres qui nous résistent et qu’on n’arrive pas
à briser. »
« C’est bien, » dit le Sage.
« Oui, poursuivit le Prince, mais je commence à être las de me
battre contre tout, contre tous, contre moi-même. Cela ne finira-t-il
jamais ? Quand trouverai-je le repos ? J’ai envie de cesser le combat,
de renoncer, de tout abandonner, de lâcher prise. » « C’est justement
ton prochain apprentissage, dit le Vieux Sage. Mais avant d’aller plus
loin, retourne-toi et contemple le chemin parcouru. » Et il disparut.
Regardant en arrière, le Prince vit dans le lointain la troisième
porte et s’aperçut qu’elle portait sur sa face arrière une inscription
qui disait
« ACCEPTE-TOI TOI-MÊME. »
Le Prince s’étonna de ne pas avoir vu cette inscription lorsqu’il
avait franchi la porte la première fois, dans l’autre sens. « Quand on
combat on devient aveugle, se dit-il. » Il vit aussi, gisant sur le
sol, éparpillé autour de lui, tout ce qu’il avait rejeté et combattu en
lui : ses défauts, ses ombres, ses peurs, ses limites, tous ses vieux
démons. Il apprit alors à les reconnaître, à les accepter, à les aimer.
Il apprit à s’aimer lui-même sans plus se comparer, se juger, se
blâmer.
Il rencontra le Vieux Sage qui lui demanda :
« Qu’as-tu appris sur le chemin ? »
« J’ai appris, répondit le Prince, que détester ou refuser une
partie de moi, c’est me condamner à ne jamais être en accord avec
moi-même. J’ai appris à m’accepter moi-même, totalement,
inconditionnellement. » « C’est bien, dit le Vieil Homme, c’est la
première Sagesse. Maintenant tu peux repasser la troisième porte. »
À peine arrivé de l’autre côté, le Prince aperçut au loin la face arrière de la seconde porte et y lut « ACCEPTE LES AUTRES ».
Tout autour de lui il reconnut les personnes qu’il avait côtoyées
dans sa vie ; celles qu’il avait aimées comme celles qu’il avait
détestées. Celles qu’il avait soutenues et celles qu’il avait
combattues. Mais à sa grande surprise, il était maintenant incapable de
voir leurs imperfections, leurs défauts, ce qui autrefois l’avait
tellement gêné et contre quoi il s’était battu.
Il rencontra à nouveau le Vieux sage. « Qu’as-tu appris sur le chemin ? » demanda ce dernier.
J’ai appris, répondit le Prince, qu’en étant en accord avec
moi-même, je n’avais plus rien à reprocher aux autres, plus rien à
craindre d’eux. J’ai appris à accepter et à aimer les autres
totalement, inconditionnellement. » « C’est bien, dit le Vieux Sage.
C’est la seconde Sagesse, tu peux franchir à nouveau la deuxième porte.
»
Arrivé de l’autre côté, le Prince aperçut la face arrière de la première porte et y lut
« ACCEPTE LE MONDE ».
Curieux, se dit-il, que je n’aie pas vu cette inscription la
première fois. Il regarda autour de lui et reconnut ce monde qu’il
avait cherché à conquérir, à transformer, à changer. Il fut frappé par
l’éclat et la beauté de toute chose. Par leur perfection. C’était
pourtant le même monde qu’autrefois. Était-ce le monde qui avait changé
ou son regard ?
Il croisa le Vieux Sage qui lui demanda :
« Qu’as-tu appris sur le chemin ? »
« J’ai appris, dit le Prince, que le monde est le miroir de mon
âme. Que mon âme ne voit pas le monde, elle se voit dans le monde.
Quand elle est enjouée, le monde lui semble gai. Quand elle est
accablée, le monde lui semble triste. Le monde, lui, n’est ni triste,
ni gai.
Il est là ; il existe ; c’est tout. Ce n’était pas le monde qui me
troublait, mais l’idée que je m’en faisais. J’ai appris à accepter sans
le juger, totalement, inconditionnellement. »
C’est la troisième Sagesse, dit le Vieil Homme. Te voilà à présent
en accord avec toi-même, avec les autres et avec le Monde. » Un profond
sentiment de paix, de sérénité, de plénitude envahit le Prince. Le
Silence l’habita. « Tu es prêt, maintenant, à franchir le dernier
Seuil, dit le Vieux Sage, celui du passage du silence de la plénitude à
la Plénitude du Silence.»
Et le Vieil Homme disparut.
27 février 2006
Le petit aigle
"Il était une fois un jeune guerrier, qui prit un oeuf dans le nid d'un aigle et le mit à couver dans la basse-cour. Quand l'oeuf vint à éclore, le petit aigle sortit et grandit parmi les poussins, picorant sa nourriture comme ses compagnons. Un jour, regardant en l'air, il vit un aigle qui planait au-dessus de lui. Il sentait ses ailes frémir et dit à un des poulets :
- "Comme j'aimerais en faire autant !"
- "Ne sois pas idiot", répondit le poulet, "seul un aigle peut voler aussi haut ".
Honteux de son désir, le petit aigle retourna gratter la poussière et il ne remit plus jamais en cause la place qu'il croyait avoir reçue sur cette terre..." (conte indien)
24 janvier 2006
La Prière
Le Yom Kippour
est une fête juive. Ce jour doit permettre un retour total vers Dieu.
Ce jour est l'anniversaire du retour de Moïse avec les secondes Tables de la
Loi, rappelant le pardon divin après la faute du Veau d'or. C'est un jour de jeûne
absolu, de repos total, d'abstinence, de prière et de pénitence. Il est interdit
de se laver (même à l'eau froide), de se parfumer ou frictionner avec une
lotion, d'avoir des relations conjugales. II débute au coucher du soleil et s'achève
au suivant.
Rabbi Israël ben Eliezer (1698-1760) devint célèbre sous le nom de Ba'al Shem Tov (le Maître du Bon Nom), soit le « BeShT
» par acronyme. Il est le fondateur du mouvement des Hassidim ou Pieux,
lequel s’étendra tout d'abord en Russie et en Pologne, avant de gagner
le monde entier au 20e siècle.
Un
soir de Kippour, après la prière, le Ba'al shem était assis à table
avec ses disciples. Tout à coup, il s'écrie: "Dites à Alexei - c'était
le nom de son cocher - d'atteler!". Il prend avec lui son disciple
préféré, rabbi Nahman de Kossow, monte dans la voiture et donne l'ordre
de les conduire dans un village lointain.
Arrivés à
destination, il se rend à l'auberge et, lorsque l'aubergiste se
présente pour demander à ses hôtes inattendus ce qu'il pouvait bien
leur servir, le Besht l'interroge aussitôt: "Comment as-tu fait la
prière de la sainte journée du Kippour?"
Voilà l'aubergiste
saisi d'une crainte révérentielle. Il lui faut attendre un moment avant
de pouvoir répondre en balbutiant: "Saint rabbi, vous savez bien qu'en
ce jour redoutable je me suis grevé d'un terrible péché, malheureux
homme que je suis! Mais, croyez-moi, rabbi, je n'ai fait que céder à la
tentation, et c'est sûrement Satan qui est responsable de mon malheur!"
Alors le Besht lui dit: "Raconte-moi comment les choses se sont passées."
"Hier,
commence l'aubergiste, j'ai pris avec moi ma femme et mes enfants et
nous nous sommes mis en route, afin de célébrer la sainte journée en
ville et d'y prier avec la communauté. Tout à coup, je me souvins que
j'avais oublié de fermer la cave. Craignant que le non-juif à qui
j'avais confié la garde de la maison n'en profite pour s'y régaler, je
fis demi-tour, tandis que ma famille continuait le voyage.
J'étais
à peine entré dans la maison qu'un messager se présentait pour me
demander quelques bouteilles dont on avait besoin, disait-il, pour une
petite fête au château. Je lui donnai donc ce qu'il voulait.
Entre-temps, d'autres clients étaient arrivés. Comme il faisait encore
jour, je pensais pouvoir encore arriver en ville avant le soir. Mais
les clients se succédaient sans interruption. Lorsque, enfin, il n'y eu
plus personne dans l'auberge, et que je voulus fermer la cave, je
m'aperçus, avec terreur, que la nuit était tombée et qu'il ne m'étais
donc plus possible de partir. Que faire ? me demandais-je. Je me
retirai alors dans une petite pièce de la maison, afin d'y épancher mon
coeur devant Dieu. Car, me disai-je, Il sait tout et me pardonnera mon
péché. Cependant, je n'arrivai pas à trouver un livre de prières. Ma
femme et mes enfants les avaient tous emportés.Alors je e mis à pleurer
à chaudes larmes devant Dieu, en lui disant: "Maître de l'univers, Tu
vois combien mon coeur est lourd, puisque je ne puis, en ce saint jour,
m'unir à la communauté pour prier avec elle. Je n'ai même pas un rituel
dont je pourrais me servir! Et je ne connais pas non plus les prières
par coeur! Mais je sais maintenant ce que je vais faire, la seule chose
qui soit en mon pouvoir: je vais me mettre à répéter les lettres de
l'alphabet, de tout mon coeur, comme l'enfant qui ne sait pas encore
lire. Et Toi, ô Dieu, Tu Te chargeras bien d'assembler les lettres pour
composer avec elles les mots de mes prières." Je vous demande, saint
rabbi, que pouvai-je faire d'autre?"
Alors, le Ba'al shem posa
sa main sur l'épaule de l'aubergiste, tout contrit, et lui dit: "Depuis
bien longtemps une prière aussi sainte et aussi fervente n'était pas
montée au ciel! Sois-en sûr: Dieu s'est réjoui de ta prière!"
La moralité de cette histoire: rien ne sert d'aller anoner des prières
dans les églises, synagogues ou mosquées. Les mots ne sont que des
mots. Tant de personnes se prétendent fervents religieux et meilleurs
que les autres simplement parce qu'ils vont passer une heure avec
d'autres à réciter des textes dont ils ne comprennent même pas le sens.
Seuls les actes motivations et la volonté comptent. Le reste n'est que du vent.
21 janvier 2006
Le cobra
Par
une belle journèe de printemps, un moine longeait une rivière. Soudain,
il entendit un coassement énorme, provenant d'une gerbe de roseaux. Il
s'approcha et vit q'un crapaud était à l'origine de ce vacarme. Il
était pris dans les mâchoires d'un serpent mais ce dernier, ayant
sous-estimé la taille de sa proie, n'arrivait pas à l'avaler. Le
crapaud était bloqué. Le serpent ne pouvait ni le rejeter ni
l'ingurgiter. Le lendemain et le surlendemain, le crapaud coassait
toujours. Il fallut trois jours au serpent pour faire taire sa proie.
" Si cela avait été un cobra, pensa le moine, il aurait mordu le crapaud tout de suite et celui-ci serait mort sur le champ. "
On peut facilement trouver des applications de cette histoire de
Ramakrishna dans la vie pratique. Par exemple, des personnes entrent
dans des écoles, cours, sectes ou autres pour suivre des techniques
d'évolution personnelle… En fait, elles entrent dans la gueule du
serpent. Celui-ci les retient pendant des mois et mêmes des années sans
jamais leur donner le coup qui va les transformer. Ces même personnes
peuvent parfois faire le travail avec un cobra qui leur porte un seul
coup et les aident à accomplir leur prise de conscience immédiatement.
Nous-même, de temps à autre, il nous arrive de jouer les crapauds. Nous nous disons :
" Dois-je ou non arrêter de voir cette personne ? A chaque fois que
je la rencontre, elle me donne des coups de pieds et je vis mal. "
Ou : " Mon travail ne me correspond pas. Est-ce que j'en cherche un autre ou pas ? "
Ou : " Je vis dans une maison que je n'aime pas… "
Ou : " Je suis en train de vivre une vie que je n'aime pas... "
Au lieu d'être comme un crapaud prisonnier dans la gueule d'un
serpent et au lieu de ne pas prendre de décision, il faut tout de suite
devenir cobra et se dire :
" Le changement, je le fais tout de suite, ici et maintenant ! "
" Je fume trop. J'arrête tout de suite ! "
" Je suis dans un bar en train de boire. En fait je sombre dans
l'alcoolisme. Je me reprends tout de suite ! J'arrête de boire ! "
" Je dois allé chez le dentiste, j'y vais tout de suite ! "
" Cette relation me fait mal, O.K., je la coupe ! "
Si Gauguin n'avait pas fait cela, il serait resté employé de banque jusqu'à la fin de sa vie. Un jour, il s'est dit:
" Ca suffit ! Je pars ! " et il est devenu Gauguin.
Alejandro Jodorowski : " La sagesse des contes "
18 janvier 2006
Le chapeau de Dieu
Un beau jour d'été, Dieu veut donner un
enseignement aux hommes. Pour ce faire il fabrique un grand chapeau
dont une moitié est d'un bleu brillant et l'autre d'un rouge vif. Il se
rend ensuite dans les champs où travaillent, de part et d'autre d'une
route, de nombreuses personnes. Là, le dieu se manifeste dans toute sa
gloire ; personne ne peut manquer de le voir. Grand et rayonnant,
coiffé d'un chapeau, il marche le long de la route. Tous ceux qui sont
à droite de la route lâchent leurs binettes et lèvent leurs regards
vers lui ; tous ceux qui sont à gauche de la route en font autant.
Chacun est stupéfait. Puis il disparaît. Chacun s'écrie: " Nous avons
vu Dieu ! Nous avons vu Dieu ! " Ils sont tous fous de joie, jusqu'à ce
que quelqu'un du côté gauche de la route dise: " Il se trouvait là,
dans tout son éclat et avec son chapeau rouge ! " Ceux qui sont sur la
droite de la route répliquent: " Non, il portait un chapeau bleu !
"
Le désaccord s'amplifie au point qu'il se mettent à construire des murs
et à se lancer des pierres. Puis le dieu apparaît de nouveau. Cette
fois, il marche en direction opposée et disparaît une fois de plus.
Alors les gens se regardent les uns les autres et ceux qui sont à
droite s'écrient : " Ah ! Vous aviez raison, il avait un chapeau rouge.
Nous sommes vraiment désolés, nous nous sommes trompés en le voyant.
Vous aviez raison et nous avions tort. " Ceux qui sont de l'autre côté
disent: " Non, non. C'est vous qui aviez raison. Nous avions tort. "
Sur
le moment, ils ne savent plus s'ils doivent se battre ou devenir amis.
La plupart d'entre eux sont perplexes. Alors le dieu apparaît de
nouveau. Cette fois, il se tient debout au milieu et ensuite se tourne
vers la gauche, puis fait demi-tour pour se tourner vers la droite et
chacun se met alors à rire.
Apparemment, la plupart des humains n'ont pas encore compris celà...
15 janvier 2006
La corde d'argent
Un clair matin, Bouddha se promenait dans les cieux, aux bords du lac
de la Fleur de lotus, et il rêvait sous la tiède caresse du soleil.
Comme il se penchait sur l'eau du lac, il aperçut dans les profondeurs
bouillonnantes de Naraka (l'enfer) un homme qui se débattait
furieusement et semblait appeler à l'aide. Aussitôt Bouddha le
reconnut. C'était un homme du nom de Kantuka, un voleur, un débauché,
un abominable assassin qu'il avait rencontré pendant son passage
terrestre. Bouddha est l'infinie compassion. Il se souvint qu'une fois
dans sa vie, ce Kantuka avait manifesté un peu de bonté. Une grosse
araignée s'était posée sur sa sandale ; au lieu de l'écraser, il
l'avait épargnée et passé son chemin.
Je vais lui porter secours, songea Bouddha, pour ce geste de
compassion. Qui sait, il reste peut-être une lueur de générosité chez
ce malheureux. Il prit alors un fil d'araignée, le fit descendre dans
le lac en direction de Kantuka. Le fil se transforma en corde d'argent
et le bandit l'agrippa solidement. Il commença à monter. L'ascension
était rude. Kantuka y employait toutes ses forces. Il s'acharnait des
mains, des genoux, des pieds, suant et soufflant. Bientôt il aperçut un
coin de ciel bleu au-dessus de sa tête. Il redoublait d'efforts, quand
il jeta un coup d'oeil vers les bas-fonds. Horreur ! Une dizaine de ses
anciens compagnons saisissaient la corde d'argent et s'efforçaient de
grimper à leur tour.
Cette corde risque de ne pas être assez solide pour nous soutenir tous,
se dit Kantuka. Il se souvint alors qu'il avait gardé dans une poche
secrète son couteau d'assassin. « Je vais trancher cette corde,
songea-t-il, et me débarrasser d'eux. » À peine avait-il formulé sa
pensée que la corde d'argent se rompit au-dessus de lui, et il retomba
pour toujours dans les Enfers.
14 janvier 2006
Fête du Pongal
Si vous voulez tout savoir sur cette fête, allez faire un tour chez mon amie Shakti qui se fait une joie de nous présenter cette jolie tradition indienne :)
Et pour connaître la suite, c'est ici et là.
Joyeux Pongal !
25 novembre 2005
La légende de l'été indien
"Mudjekewis avait 9 frères et ensemble ils vainquirent l'ours géant,aussi reçurent t-ils en présent la ceinture sacrée qui contient de quoi vivre heureux sa vie durant. Le mérite de cet exploit, chacun le sait revenait à Mudjekewis, le plus
jeune des 10 garçons et ce fut a lui qu'échut le pouvoir de gouverner
les vents d'Ouest. On l'appela dès lors Kabeyun, père des airs, et il entreprit de distribuer une part de sa puissance a chacun de ses fils. A Wabun, il donna l'Est. A Shawondasee, le Sud. A Kabiboonoka, le Nord. Seul Nanabozho n'eut rien de cet héritage, car sa naissance avait été illegitime. C'est pourquoi plus tard blessé de cette injustice, il partit en guerre
contre son père, jusqu'à ce que celui-ci accèdant sa requête, consente
à lui céder une part de la souveraineté de Kabiboonoka en lui
abandonnant le privilège de règner sur les vents du Nord-Ouest.
Shawondasee, maître du Sud révèla très jeune son indolence. C'était, bien avant l'âge, un veillard poussif, peu enclin à voyager,
les yeux mi-clos, toujours fixes, droit devant lui, souvent il souriait
lorsque venait l'automne dispensant généreusement cet air doux qui
gagne alors tout le nord du pays. Mais un jour, il aperçut au loin ,courant gracieusement à travers les plaines du nord, une jeune fille aux cheveux d'or. Elle était très belle et il en tomba aussitôt amoureux. Ses boucles surtout, blondes comme le blé, avaient conquis son coeur. Cependant sa paresse naturelle l'emporta sur sa passion et à l'aube du
matin, il la surprit enveloppée d'une nuée blanche comme neige.
Il en conçut aussitôt une vive jalousie, persuadé que son frère,
Kakiboonoka s'était mis en tête de la lui ravir en lui offrant l'une de
ces écharpes immaculées dont les vents du Nord ont coutume de se parer
aux approches de l'hiver. Pour briser le sortilège de son rival, Shawondasee, haletant, souffla comme il put et le ciel fut envahi de fils d'argent. Mais lorsque ceux-ci se dissipèrent, la belle avait disparu et avec
elle les 100 graines finement ailées qui couronnent les fleurs du
pissenlit de la prairie.
Il est un âge pour tout, dit le sage et Shawondasee avait eut le tort
de se croire assez jeune pour être aimé de la fille aux cheveux d'or. En la poursuivant de ses soupirs alanguis, il n'avait fait que précipiter sa fuite. Depuis, croyant chaque automne revoir l'objet de sa flamme courir dans
les prés comme au premier jour, le vieillard continue de haleter
doucement au souvenir d'un bonheur inaccessible, gratifiant les terres
du Nord, à la veille de l'hiver, de cette saison à nulle part pareille
et que les hommes blancs appellent l'été indien."
23 novembre 2005
La légende du Huart
On dit que chaque lac du Québec a son huart. Le huart à collier, ou plongeon imbrin, est un oiseau marin qui porte un collier de plumes blanches sur sa robe noire. Il a un chant très caractéristique. Cette légende amérindienne nous raconte d’où vient ce collier. C’est cet oiseau qu’on trouve sur la pièce de un dollar canadien, qu’on appelle ainsi communément un huart.
Les forêts québécoises abritent une multitude de lacs. Au bord d’un de ces lacs vivait autrefois une tribu amérindienne. Le chef Onas habitait la plus grande loge avec sa femme Niska et son fils Napiwa.
La forêt donnait du gibier en abondance, le lac des poissons en quantité, et le maïs cultivé de quoi nourrir tout le monde à satiété. Chacun accomplissait les tâches dictées par la tradition: la vie se déroulait paisiblement au rythme des saisons.
Mais une croyance respectée par tous semait l’angoisse parmi les membres de la tribu, grands et petits. Cette croyance voulait que le dieu huart règne en maître sur la nuit. À la tombée du jour, lorsque son chant parvenait aux oreilles des hommes, c’était le signe que personne ne devait sortir de sa loge ou de son abri de trappe. Le Grand Huart punirait sévèrement celui qui braverait ses lois car la nuit était son royaume exclusif.
Le sorcier de la tribu entretenait cette crainte en parlant de punitions terribles:
- "Si l’un de vous ose sortir, il sera emporté dans le royaume de la nuit et jamais plus il ne reverra les siens", répétait-il à tout moment.
Ainsi quand, à la brunante, on sentait descendre l’obscurité, chacun attendait le chant du huart en achevant ses tâches. Aussitôt que le chant mélodieux se faisait entendre, on s’empressait de ranger les canots au sec et tous se réfugiaient à l’intérieur des loges. Personne n’avait jamais osé sortir et regarder la nuit en face.
Or Onas avait un fils à qui il enseignait avec fierté tout ce qu’il faut savoir pour devenir un grand chasseur et, plus tard, un chef sage et courageux.
Sa femme Niska aimait beaucoup son fils. Elle passait ses journées à le regarder grandir et à lui broder de beaux mocassins et d’amples tuniques de peau.
Napiwa avait quinze ans et il avait déjà fait ses preuves comme chasseur et comme guerrier. Tous vantaient sa valeur et son endurance. Depuis quelque temps Napiwa s’était mis à réfléchir.
Il était terriblement agacé de voir sa tribu accorder foi aveuglément à cette croyance à propos du dieu huart et de la nuit. Il refusait d’y croire. Il interrogeait les anciens, il essayait de discuter, de comprendre ; mais tout le monde prenait peur quand il abordait le sujet.
Alors, un jour, n’y tenant plus, il dit tout haut ce qu’il pensait:
- "Je ne crois pas ce que nous enseigne le sorcier à propos du Grand Huart !"
- "Comment?" s’écria son père, "tu oses contredire le sorcier ? Malheur à toi mon fils. Que le Grand Huart ne t’entende pas !" Napiwa n’osa pas répondre à son père. Mais pour lui tout seul il pensa: "Cette nuit je sortirai voir la lune et les étoiles que je ne connais pas. Au diable le Huart."
Lorsque tout le monde fut endormi, Napiwa se leva sans bruit et sortit de la loge. Le cœur battant, il regarda la lune et admira les étoiles. Il prit un canot et un aviron et s’enfuit sur le lac.
Au matin, un des chasseurs courut avertir le chef qu’il manquait un canot. Onas se leva.
- "Quelqu’un a-t-il quitté le village ?" demanda-t-il.
- "Je ne sais pas", répondit le chasseur.
Alertée par le bruit des voix, Niska se retourna vers le lit de branches de sapin où dormait Napiwa. Il était vide ! Avant même de regarder, elle avait su dans son cœur que Napiwa était allé braver le Huart. Elle n’osa rien dire. Mais quand Onas constata l’absence de son fils, il se fâcha.
- "À cette heure-ci, il doit être déjà mort. Le sorcier va préparer la cérémonie des morts", dit-il sans manifester d'émotion.
Le sorcier se retira dans sa loge pour faire ses préparatifs et invoquer les esprits.
- "L’offense est grave", dit-il. "Il faudra soigner les offrandes aux dieux pour réparer la faute de Napiwa."
Mais Niska refusa d’accepter si vite la mort de son fils chéri.
- "Le huart l’a peut-être épargné. Pourquoi ne pas envoyer quelqu’un le chercher ?"
- "Où chercher ? Au royaume de la nuit ?" répondit Onas irrité de son audace.
- "Sur le lac", dit Niska.
Mais elle voyait bien que ni les chasseurs, ni le sorcier, ni son mari ne conservaient l’espoir de retrouver Napiwa. Leur crainte du Grand Huart était telle qu’ils ne pouvaient que s’incliner devant sa puissance. Tandis que pour elle, sa tendresse pour son fils l’emportait sur tous les autres sentiments. Bien sûr elle aussi craignait et respectait le dieu huart et la puissance des manitous. Mais son cœur de mère refusait d’accepter la fatalité et la perte de son fils.
- "Quand le soleil sera droit sur nos têtes, si Napiwa n’est pas de retour, j’enverrai un canot à sa recherche", dit enfin Onas pour calmer sa femme.
Puis chacun, au village, reprit ses activités. Niska, rongée par l’inquiétude, s’en alla au bord du lac. Elle marcha longtemps sur la berge, scrutant l’eau profonde, là-bas au milieu du lac, où chaque soir le huart lançait son chant-signal.
Elle chercha en vain un indice qui lui révélerait la présence de son fils. "Était-il pensable qu’un manitou puisse tuer un jeune homme si beau, si plein de promesses ?" se demandait-elle. "Non, ce n’était pas possible: le Huart ne pouvait être cruel à ce point."
Tout en marchant, Niska ramassa sur la grève un caillou blanc. Elle se mit à le tourner et à le retourner dans sa main comme pour combattre par ce geste son angoisse et son inquiétude. Puis elle frotta le caillou contre une pierre dure, tout en continuant d’épier le moindre mouvement autour du lac.
Lorsque le soleil fut au zénith, Onas envoya un canot avec deux des meilleurs chasseurs de la tribu à la recherche de Napiwa.
Tout le temps qu’ils furent partis, Niska continua de polir le caillou blanc, qui devint lisse et brillant. Machinalement, elle y perça un trou et l’enfila sur une lanière de cuir qu’elle glissa à son cou.
Le soir arriva et les chasseurs revinrent au village sans Napiwa. Niska et les autres se dépêchèrent de rentrer avant la tombée de la nuit. Onas essaya de la raisonner. Mais elle ne voulait pas accepter la mort de son fils.
- "Demain, tu enverras encore un canot le chercher", pria Niska.
Onas accepta malgré sa résignation, car lui aussi avait beaucoup de chagrin d’avoir perdu son fils. Pendant les cinq jours qui suivirent Onas envoya un canot, puis deux canots à la recherche de Napiwa. Ils partaient le midi et revenaient le soir sans rien rapporter.
Niska, elle, marchait, marchait autour du lac sans jamais perdre espoir. Chaque jour, elle ramassait un caillou blanc sur la grève et le frottait contre une pierre pour s’occuper. Le soir elle le perçait d’un trou et l’enfilait sur sa lanière.
Le sixième jour, bien avant le coucher du soleil, Niska entendit des voix venir du lac et le bruit des pagaies dans l’eau. Son cœur bondit dans sa poitrine. Elle se mit à courir. Toute la tribu descendit vers le lac pour accueillir les canots. Même le sorcier qui avait été forcé de retarder la cérémonie des morts vint voir ce qui se passait. On avait retrouvé Napiwa vivant !
Napiwa sortit du canot et marcha dans l’eau vers le rivage. Tous le regardaient avancer en silence. Niska s’élança vers lui pour l’embrasser. Puis on l’entoura et il se mit à raconter :
- "Le ciel était noir, noir, mais des milliers d’étoiles brillaient. Je ne me lassais pas de les regarder mais mon canot a chaviré. Je ne voyais rien, je ne sentais rien. J’ai essayé de nager mais d’étranges remous m’ont emporté. Mon canot a disparu. J’ai crié puis... je ne sais plus. Quand j’ai ouvert les yeux j’étais au sec dans un nid de branches et de feuilles. Le Grand Huart se tenait près de moi. Il m’a parlé tout doucement. Il m’a apporté du poisson à manger et de l’eau à boire. Petit à petit mes forces sont revenues. Le huart ne semblait pas offensé de ma bravade, au contraire. Je me sentais bien chez lui ; je ne pensais même pas à partir. Puis aujourd’hui, j’ai vu les canots et je me suis souvenu..."
Niska se leva et alla vers son fils.
- "Viens", dit-elle.
Elle l’entraîna vers le rivage et lui fit signe de ne pas bouger. Sous les yeux de tous, Niska prit un canot et s’en alla toute seule vers le milieu du lac. Personne n’osait rien dire, pas même Onas, pas même le sorcier. Sur le visage de Napiwa, qui la suivait du regard, se dessinait un sourire.
Niska fila sur l’eau et le chant modulé du huart retentit tout à coup. Tous les gens massés sur la grève frissonnèrent. Le huart lançait son signal et pourtant la nuit était encore loin ! Qu’est-ce que ça voulait dire ?
Niska continua d’avancer. Sans même agiter
la surface de l’eau, le huart apparut devant le canot. Niska s’arrêta
de pagayer. Elle retira de son cou le collier de cailloux blancs qu’elle
avait polis et repolis tout au long de sa douloureuse attente. Elle se
pencha vers le huart qui se tenait immobile sur l’eau sombre. Puis elle
lui glissa au cou le collier qu’elle avait façonné. Elle
murmura:
- "Merci"
On dit que c’est depuis ce jour que les huarts ont
autour du cou un magnifique collier de plumes blanches.








